À Goma, des convertisseurs branchés sur une batterie et fabriqués localement apportent aux habitants le courant électrique qui leur fait tant défaut. Ils sont en outre plus fiables et moins polluants que les générateurs. Particuliers et commerçants, tous s’en réjouissent.
“Je suis très content des convertisseurs fabriqués localement. Ils nous épargnent certains coûts“, estime Junior Mughuma de Goma, dans l’est de la RD Congo, qui se félicite de ce système grâce auquel il peut à nouveau s’éclairer. Ces convertisseurs transforment l’énergie stockée dans une batterie rechargeable en électricité. Ils sont fabriqués localement depuis 2006, par Christophe Nyandwi, un jeune électricien de 24 ans, aidé par d’autres jeunes électriciens de Goma. Le matériel est vendu par bouche à oreille, chaque usager découvrant ses avantages chez un voisin. “Un convertisseur se fabrique sur commande. Les prix varient selon sa capacité”, raconte le jeune fabricant qui se forme en électronique par correspondance de Paris.
Le manque d’électricité est un véritable casse-tête à Goma. Avec l’exode rural dû à la guerre, les habitants sont de plus en plus nombreux et les besoins de la ville en électricité augmentent. À la suite de sérieux problèmes techniques dans la centrale de Bukavu, la Société nationale d’électricité (Snel), unique société habilitée à distribuer le courant, fournit à ses abonnés 5 fois moins de courant qu’elle n’en offrait il y a quelques années. Très insuffisant. “Il nous arrive de rester sans électricité pendant des semaines… Nous avons à présent une solution à court terme”, se réjouit Jean-Pierre Muhozi, habitant de Katoyi à Goma.
Peu coûteux et dotés d’une grande autonomie
De nombreux habitants utilisent des générateurs lors des délestages. Mais ceux-ci posent des problèmes, surtout lorsqu’ils sont utilisés à des fins commerciales : grosses dépenses en carburant, plaintes des voisins pour le lourd vrombissement du moteur, pollution par la fumée. Les convertisseurs n’ont pas ces inconvénients. “Avec mon convertisseur, je ne gaspille plus d’argent et plus personne ne m’interpelle dans la rue à cause du bruit. Ce système électrique me permet de garder mes clients, car ils sont à nouveau satisfaits“, témoigne René Hangi Kahoma, patron du salon de coiffure Internet à Goma. Un convertisseur coûte entre 80 et 100 $ tandis qu’un générateur demande au minimum 5 $ de carburant par jour. En outre, “les générateurs tombent intempestivement en panne et causent des retards qui font fuir nos clients. C’est du manque à gagner pour nos entreprises“, poursuit Mao Maombi, un autre coiffeur.
Ces convertisseurs sont également très appréciés pour leur grande autonomie. “Avec une vieille batterie, je peux avoir de la lumière pendant 2 jours non-stop sans la recharger. Je peux désormais allumer ma télévision et écouter de la musique sans déranger ni l’environnement, ni le voisin“, apprécie Janvier Bojo, du quartier Katoyi. Aujourd’hui, plus de 250 ménages de Goma – sur une population d’environ 500 000 habitants – ont retrouvé la lumière. Discrets, ces engins se font aussi moins voler que les générateurs dont le bruit renseignait les voleurs qui s’introduisaient chez les particuliers.
Ils rendent aussi les Congolais, qui d’habitude gèrent plutôt mal leur consommation d’énergie, plus rationnels. Dorénavant, ils veillent à bien éteindre toutes les lumières la nuit en pensant au lendemain. “Plus vous utilisez l’énergie, plus l’autonomie diminue, explique Michel Munguakonkwa, un habitant soulagé de Mabanga à Goma. Je sais maintenant qu’avec cette batterie je peux alimenter ma maison sous convertisseur de 19 à 22 h tous les soirs pendant deux semaines.“
Alain Wandimoyi
